Quels sont les pays les plus multiculturels ?

Quand on arrive à Toronto, on entend le cantonais dans le métro, le tagalog au supermarché et l’ourdou dans la file d’attente du café. Les pays les plus multiculturels du monde ne se repèrent pas sur une carte : ils se vivent au quotidien, dans la cohabitation concrète de langues, de cuisines et de codes sociaux différents.

Mesurer cette diversité suppose de croiser plusieurs critères, et les classements varient selon qu’on regarde la part d’immigrés, le nombre de langues parlées ou la composition ethnique.

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Mesurer le multiculturalisme : trois critères qui changent le classement

Un pays peut accueillir des dizaines de millions de migrants sans être particulièrement divers sur le plan linguistique. À l’inverse, un territoire peut compter des centaines de langues autochtones sans immigration notable. Le palmarès dépend entièrement du critère retenu.

Les indices de diversité ethnique et culturelle placent plusieurs États africains et asiatiques en tête, loin devant les pays occidentaux souvent cités dans le débat public. L’édition 2024 des estimations de l’ONU sur les stocks de migrants internationaux couvre 233 pays et territoires, avec des révisions pour 60 d’entre eux à partir de nouveaux recensements et registres.

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On peut distinguer au moins trois axes de lecture :

  • La part d’immigrés dans la population totale, qui favorise les petits États du Golfe ou certains territoires insulaires
  • Le nombre de langues parlées sur le territoire, où la Papouasie-Nouvelle-Guinée ou l’Inde dominent largement
  • La diversité ethnique mesurée par indices statistiques, qui met en avant l’Afrique subsaharienne

Avant de qualifier un pays de « plus multiculturel », il faut préciser la mesure et l’année. Les classements fondés sur le nombre total d’immigrés favorisent les grands pays, tandis que les classements en proportion de la population donnent un palmarès radicalement différent.

Marché international animé avec des vendeurs et acheteurs de nombreuses origines culturelles différentes dans un quartier cosmopolite

Émirats arabes unis et pays du Golfe : une diversité par le travail

Aux Émirats arabes unis, la population expatriée représente une part écrasante des résidents. On y croise des travailleurs venus d’Asie du Sud, des cadres européens, des commerçants d’Afrique de l’Est. La diversité est massive, mais elle repose presque entièrement sur la migration économique.

Ce modèle crée une société multiculturelle de fait, avec une particularité : la cohabitation ne passe pas par une citoyenneté partagée. Les expatriés vivent, travaillent et scolarisent leurs enfants sur place, parfois pendant des décennies, sans accéder à la nationalité. La diversité culturelle est réelle dans la vie quotidienne, dans les restaurants, les écoles internationales et les espaces publics. Elle reste structurellement distincte de modèles fondés sur l’intégration citoyenne.

Ce cas montre qu’une forte proportion d’immigrés ne suffit pas à définir le multiculturalisme. Le cadre juridique et l’accès aux droits politiques pèsent autant que la démographie.

Canada et Australie : deux politiques d’immigration qui façonnent la culture

Le Canada est probablement le pays le plus souvent cité quand on parle de multiculturalisme réussi. Le terme lui-même est inscrit dans la politique fédérale depuis les années 1970. L’immigration y est structurée par un système à points qui sélectionne les candidats selon leurs compétences, leur maîtrise de l’anglais ou du français, et leur capacité d’insertion économique.

Statistique Canada documente aussi une autre dimension de la diversité : les langues autochtones. En 2023-2024, 62 928 élèves suivaient des programmes réguliers d’enseignement d’une langue autochtone, en hausse par rapport à 2013-2014. Cette donnée rappelle que le multiculturalisme canadien ne se limite pas à l’immigration récente. Il inclut la reconnaissance (encore incomplète) des peuples premiers et de leur patrimoine linguistique.

L’Australie partage avec le Canada un modèle d’immigration qualifiée et un discours officiel favorable à la diversité. Les deux pays ont en commun d’avoir construit leur identité nationale sur des vagues successives d’immigration, tout en portant l’héritage colonial et ses conséquences sur les populations autochtones.

Jeune femme d'origine mixte posant devant une mosaïque colorée de drapeaux du monde symbolisant la diversité culturelle

Diversité linguistique en Inde et en Afrique subsaharienne

L’Inde compte des centaines de langues parlées à travers ses différents États et territoires. Cette diversité n’est pas le fruit de l’immigration : elle résulte de la coexistence historique de groupes ethniques, religieux et linguistiques sur un même territoire depuis des siècles.

En Afrique subsaharienne, plusieurs pays affichent les indices de diversité ethnique les plus élevés au monde. Le Cameroun, le Tchad, la République démocratique du Congo concentrent chacun des dizaines de groupes linguistiques distincts. La diversité y précède la construction de l’État-nation, ce qui inverse la logique habituelle du débat sur le multiculturalisme.

On parle peu de ces pays dans les discussions sur les sociétés multiculturelles « réussies », parce que le prisme dominant reste celui des démocraties occidentales riches. La diversité y est pourtant une réalité structurelle, pas un projet politique.

Transmission intergénérationnelle : le point aveugle du multiculturalisme

Une société peut afficher une forte diversité linguistique tout en perdant cette diversité d’une génération à l’autre. Statistique Canada a identifié environ 14 020 « locuteurs silencieux » lors du recensement de 2021 : des personnes ayant appris une langue autochtone dans l’enfance mais ne la parlant plus. L’institution documente aussi les effets durables des pensionnats sur la transmission de ces langues.

Ce phénomène n’est pas propre au Canada. La diversité mesurée à un instant donné peut masquer un recul en cours. Plusieurs régions du monde voient leurs langues locales perdre du terrain face à une langue nationale dominante, un processus qui réduit progressivement la mosaïque linguistique effective.

Le multiculturalisme ne se réduit donc pas à un comptage de communautés présentes sur un territoire. Il suppose aussi que les langues, les pratiques culturelles et les savoirs se transmettent. Sans cette transmission, la diversité devient un instantané qui s’efface progressivement.

Les pays les plus multiculturels du monde ne forment pas une liste figée. Selon qu’on regarde l’immigration, les langues ou la composition ethnique, le Canada, les Émirats arabes unis, l’Inde ou le Cameroun occupent des places très différentes. Le critère de la transmission intergénérationnelle ajoute une couche de complexité que les indices statistiques classiques ne capturent pas toujours.

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