La petite mangrove de Sainte-Croix : le spot secret du lac de Sainte-Croix-du-Verdon

Au cœur du Verdon, entre eaux turquoise et falaises de calcaire, le lac de Sainte-Croix cache un spectacle que peu de voyageurs anticipent. On l’appelle la « petite mangrove » — et le surnom colle parfaitement à ce que les yeux découvrent : une forêt gorgée d’eau, des troncs et des branches à fleur de lac, un silence végétal qui tranche avec l’agitation des plages d’été. Ce spot confidentiel attire de plus en plus de curieux, de kayakistes et de photographes. Voici tout ce qu’il faut savoir pour le trouver.

Une « mangrove » en Provence ? le secret du lac de Sainte-Croix

Le terme « mangrove » évoque spontanément les Caraïbes, la Guadeloupe ou les côtes d’Asie du Sud-Est. Alors que vient-il faire sur un lac artificiel des Alpes-de-Haute-Provence ? Tout est dans la ressemblance visuelle : quand le niveau du lac de Sainte-Croix descend, des zones habituellement submergées refont surface. Les arbres et arbustes qui poussaient là avant la mise en eau du barrage — ou ceux qui ont colonisé les berges depuis — émergent progressivement. Racines tordues, branches basses affleurant l’eau, végétation dense et sauvage : le tableau ressemble trait pour trait à une mangrove tropicale, en version provençale.

Pourquoi le lac fait émerger une forêt

Le lac de Sainte-Croix est une retenue artificielle construite en 1973. Sa superficie atteint 22 km², il contient 767 millions de mètres cubes d’eau et constitue la quatrième retenue artificielle de France. Mais ce qui le rend unique pour la « mangrove », c’est sa gestion hydraulique : le niveau d’eau varie selon les besoins en irrigation, en écopage par les Canadairs et en production d’électricité, pilotés par EDF.

En fin d’été et en automne, le lac peut perdre plusieurs mètres de hauteur. Les zones nord du lac — normalement sous l’eau — se retrouvent à sec ou à fleur d’eau. La végétation qui colonise ces berges temporaires crée alors ce paysage de forêt à demi immergée, si particulier et si photogénique. Certaines années, le phénomène est spectaculaire dès juillet ; d’autres fois, il faut attendre septembre ou octobre. Tout dépend de l’ensoleillement de l’année et de la consommation régionale en eau.

Où trouver la petite mangrove : les spots exacts

L’île Costebelle, épicentre du phénomène

L’île Costebelle est l’endroit le plus cité pour observer la mangrove de Sainte-Croix. Située dans la partie centrale du lac, entre Les Salles-sur-Verdon et la rive droite, elle se contourne en kayak ou en canoë pour une expérience totale. Quand le niveau baisse, les berges de l’île se couvrent d’une végétation dense et basse, les racines entrent dans l’eau, et l’atmosphère devient presque mystérieuse. Des canards et échassiers colonisent ces coins tranquilles — l’intrusion humaine dérange souvent quelques oiseaux au passage.

La plage de l’Amour et le nord du lac

La zone nord du lac, accessible depuis le village de Sainte-Croix-du-Verdon, offre un deuxième point d’observation. La plage de l’Amour, petite et peu fréquentée, donne accès à pied à certaines portions de berges où la végétation émergée se révèle. Le photographe qui s’aventure tôt le matin trouvera une lumière rasante qui accentue les reflets et les textures des branches sur l’eau calme. À noter : la partie nord est « normalement sous l’eau » selon les témoignages des habitués — c’est précisément là que le spectacle est le plus saisissant en période de basses eaux.

Comment explorer la mangrove de Sainte-Croix

Le kayak reste la façon la plus adaptée de s’approcher de la mangrove. La navigation à moteur thermique est interdite sur le lac (seul le moteur électrique est toléré), ce qui préserve un silence absolu dans ces zones végétales. Des bases nautiques à Sainte-Croix-du-Verdon, aux Salles-sur-Verdon et à Bauduen proposent des locations de kayaks et de canoës, sans nécessiter de compétences particulières.

Le tour de l’île Costebelle prend environ une heure selon le niveau du lac et le vent. Le lac peut se montrer agité l’après-midi, surtout par vent de sud-est : partir le matin reste la meilleure stratégie. La randonnée pédestre depuis certains points du village permet aussi d’atteindre des berges à pied quand le niveau est très bas — une option gratuite et accessible à tous.

Quant à la période idéale, la fin de l’été et le début de l’automne (août à octobre) offrent les meilleures chances d’observer le phénomène à son maximum. Le lac est alors à son niveau le plus bas de l’année.

La faune et la flore de cette zone hors du commun

La « mangrove » de Sainte-Croix n’est pas seulement belle à regarder : c’est un refuge ornithologique de premier plan. Grandes aigrettes blanches, hérons cendrés, échassiers noirs et blancs fréquentent ces berges sauvages. Des témoignages de visiteurs signalent même des ibis dans certaines zones humides proches. La végétation dense et peu perturbée offre des zones de nidification que les oiseaux apprécient précisément parce que l’accès humain y reste difficile.

Côté flore, les espèces végétales colonisatrices des zones humides s’adaptent à ce régime d’immersion partielle. Saules, peupliers et végétation arbustive des bords de lac composent ce tableau singulier. Ce sont leurs racines entrelacées et leurs troncs à moitié dans l’eau qui donnent à l’ensemble son allure de forêt tropicale — une illusion optique entretenue par l’eau calme et les reflets du ciel provençal.

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