Le rocher de Roquebrune surgit de la plaine varoise comme un géant de grès rougeâtre posé là par inadvertance. Isolé entre le massif des Maures et celui de l’Estérel, ce site classé d’intérêt national à Roquebrune-sur-Argens attire les randonneurs depuis des décennies. Et pour cause : son sentier des crêtes offre une montée parmi les plus spectaculaires du Var, avec des passages escarpés, des crêtes déchiquetées et un sommet couronné des fameuses Trois Croix. Ce guide vous dit tout pour préparer votre sortie.
Un rocher sorti de nulle part, au cœur du Var

Le rocher de Roquebrune culmine à 373 mètres d’altitude au-dessus de la plaine de l’Argens. Sa silhouette caractéristique — un profil allongé qu’on surnomme parfois la Femme morte ou la Femme couchée — est visible depuis des kilomètres à la ronde. Situé sur les communes de Roquebrune-sur-Argens et du Muy, il marque la frontière géologique entre deux massifs sans appartenir vraiment à aucun des deux.
La roche elle-même raconte une histoire singulière. Constituée d’un mélange de gneiss, de granite et de lave acide solidifiée, elle tire sa teinte rougeâtre d’une forte concentration en oxyde de fer. Ce contraste avec le vert du maquis et les pins parasols environnants donne au rocher son aspect si particulier. L’érosion a façonné ici un relief de falaises abruptes, de crêtes déchiquetées, de grottes et de colonnes rocheuses en forme de champignons — les célèbres « Deux Frères ». On trouve également sur ses flancs la violette de Roquebrune, une plante endémique qu’on ne rencontre nulle part ailleurs.
Le sentier des crêtes, mode d’emploi
Où garer la voiture ?
Le point de départ naturel du sentier des crêtes se trouve sur le versant est du rocher, au niveau du chemin de la Roquette (Chem. de la Roquette, 83520 Roquebrune-sur-Argens). Un parking gratuit est disponible juste après la deuxième ruine sur ce chemin, face au rocher. D’autres options existent selon votre itinéraire : le parking du sentier des Hautes Roques au nord, le parking de la Draille du Facteur également au nord, et le parking des Hauts Pétignons au sud-ouest. En dehors de ces départs, le centre du village et les abords du lac de l’Aréna proposent aussi des places.
Le tracé pas à pas
Depuis le parking du chemin de la Roquette, traversez la petite route et repérez les points bleus qui jalonnent l’itinéraire. Le sentier monte régulièrement sur une belle dalle rocheuse. Dès les premières minutes, les Trois Croix apparaissent au sommet un repère visuel qui guide toute l’ascension.
La montée par les crêtes totalise environ 12 kilomètres pour 850 mètres de dénivelé positif, avec une durée estimée à 4 heures environ. Le niveau est sportif : plusieurs passages escarpés nécessitent de mettre les mains, et certains sont équipés de chaînes et de mains courantes. Les personnes sujettes au vertige s’abstiendront ou choisiront un itinéraire alternatif plus progressif. Le GR 51 passe à proximité du rocher et balisé en rouge et blanc, il constitue une option de repli sur les portions les moins techniques.
Une variante plus longue de 17 km existe également au départ du GR 51b, pour une double boucle autour et sur le rocher avec 850 mètres de dénivelé. Elle permet de tout voir : les crêtes, le Saint Trou, la chapelle Notre-Dame de la Roquette et les Deux Frères.
Au fil de l’ascension : ce que vous allez croiser
La montée par les crêtes réserve quelques curiosités géologiques et architecturales bien au-delà du simple panorama. Les crêtes elles-mêmes sont tranchantes et très photogéniques, découpées par des millénaires d’érosion. Des cairns jalonnent certains tronçons là où le balisage se fait plus discret.
À mi-parcours, on croise des ruines et une végétation dense de chênes-lièges, de pins parasols et, en saison, de mimosas en fleurs autour de la Haute Rouquaire. Plus bas, à la jonction avec le PR (chemin de grande randonnée pédestre), une énorme dalle rocheuse parsemée de cavernes mérite un détour. Sur l’itinéraire en boucle, les « Deux Frères » apparaissent en fin de parcours côté sud : deux colonnes sculptées par l’érosion en forme de cheminées de fée, accessibles en deux minutes depuis le PR. Une curiosité géologique souvent négligée par les randonneurs pressés.
Les Trois Croix et le panorama à 360°
Au sommet du rocher, les trois grandes croix érigées en 1991 marquent le point culminant à 373 mètres. Elles sont l’œuvre du sculpteur Bernard Venet et rendent hommage à trois peintres de la Crucifixion : Giotto, Grunewald et Le Greco. Les croix originales, qui avaient donné au rocher son premier nom le rocher des Trois Croix n’ont pas résisté au temps. Selon la légende, à la mort du Christ, le rocher se brisa en trois grandes failles symbolisant les trois croix du Calvaire, et des pèlerinages débutèrent sur ces hauteurs. Le lieu conserve aujourd’hui encore une dimension spirituelle bien réelle.
La vue depuis le sommet est à couper le souffle. Elle s’étend sur 360 degrés : la vallée de l’Argens et ses méandres, la plaine qui file vers Fréjus, le massif de l’Estérel au nord-est, le massif des Maures au sud-ouest, et par temps clair les crêtes alpines à l’horizon. Le vent souffle souvent avec force sur ce sommet dégagé prévoir une couche supplémentaire même en été.
Le Saint Trou et la chapelle Notre-Dame de la Roquette
Redescendez vers le nord depuis le sommet pour rejoindre l’un des sites les plus étranges du rocher. Le Saint Trou est une faille étroite creusée à même la paroi rocheuse, longue d’environ deux cents mètres, dont le fond débouche sur une chapelle rupestre dédiée à saint Jean, datant du début du XVIIe siècle. La traversée est réservée aux personnes minces, agiles, et à l’aise dans l’obscurité et les espaces confinés. Une lampe frontale est indispensable. Notez que des panneaux signalent certaines restrictions d’accès à l’entrée.
À quelques pas du Saint Trou, la chapelle Notre-Dame de la Roquette se dresse sur un promontoire boisé dominant la vallée de l’Argens. Construite au XVIe siècle, elle a traversé les âges avec difficulté : un incendie en 1962 a endommagé une partie de l’édifice, et les décennies suivantes ont apporté leur lot de dégradations. À proximité subsistent les vestiges d’un ancien monastère. La légende du Saint Trou, elle, raconte qu’une jeune femme poursuivie par un noble implora la Vierge de l’aider le rocher s’ouvrit alors pour lui offrir un passage. La croyance veut que seules les âmes vertueuses puissent le franchir.
L’ermite du rocher, une figure pas comme les autres
Depuis 1966 et jusqu’à une période récente, le rocher de Roquebrune n’était pas qu’une destination de randonnée. Un homme y vivait en permanence, dans une grotte, sans eau courante ni électricité. Le Frère Antoine, de son vrai nom Louis Chauvel, moine originaire de la Mayenne, y a séjourné plus de cinquante ans avant de quitter sa grotte en 2017 pour raisons de santé. Il est décédé en 2021.
Son successeur s’appelle Laurent Seta. Il a pris la relève et mené la même vie d’ermite retirée, à une vingtaine de minutes du premier hameau. Il accueille pèlerins et randonneurs curieux, mais aspire avant tout au calme et à la méditation. Si vous passez à proximité de la grotte, respectez son souhait d’isolement les habitants du coin y veillent aussi.




